Inutile de revenir sur les processus d’évaluation des demandes de financement et des publications scientifiques. Tout le monde a fait l’expérience de leur lourdeur, lenteur, coût élevé et inefficacité. Tout cela pour des résultats aléatoires dans le meilleur des cas, mais trop souvent à la tête du client, ou décourageant activement la vraie prise de risque. Tout cela pour finalement être promu, non sur le mérite de ses publications, mais sur le facteur d’impact des journaux où elles sont apparues.
Il est temps d’accélérer, simplifier, rendre robustes, abaisser le coût de ces processus de sélection des publications et demandes de financement. Cela contribuerait aussi à rapprocher le citoyen de la science financée par ses impôts. Deux pistes nous aident à concevoir ces améliorations.
Connaissez-vous l’émission de télévision “la France a un incroyable talent” sur la chaîne M6 ?
En bref, des artistes présentent en 2 minutes leur prestation devant un jury de 4 professionnels et un large public, qui sélectionnent en plusieurs saisons les meilleurs selon un protocole destiné à faire du processus de sélection un spectacle en lui-même.
Et connaissez-vous “Ma thèse en 180 secondes” ?
En bref, des doctorants présentent leur travail de thèse en 3 minutes à un jury de scientifiques et non scientifiques, qui juge de l’intérêt du sujet et de la qualité de la présentation.
Rapprocher ces deux types de spectacles suggère immédiatement une nouvelle approche à la pratique non scientifique de l’évaluation scientifique.
Imaginez ceci. Un chercheur, ou une équipe, présente en 3 minutes sur le plateau de télé un projet ou un article représentant leur incroyable talent, devant un jury composé de 4 scientifiques et en présence d’un large public. À tout moment, les membres du jury peuvent leur attribuer une croix en appuyant sur leur buzzer si la prestation ne leur plaît pas. Si les 4 membres ont tous appuyé sur leur buzzer, le candidat est obligé d’arrêter et est éliminé. Si, au bout des 3 minutes, le candidat ne s’est pas vu attribuer 4 croix, le jury délibère et chaque membre donne un jugement positif ou négatif : il faut au minimum 2 « oui » (évaluation par les paires) au candidat pour passer au stade suivant. Au terme du processus, quelques projets sont choisis par le jury, et autant de projets par les votes du grand public. Le nombre total de projets retenus dépend du financement mis en jeu durant cette saison.
Voilà un procédé robuste, démocratique, transparent, rapide, simple, qui devrait émerveiller les tenants de la science citoyenne.