La nature du cumul

Frédéric JACQUEMART est un cumulard.
Médecin et docteur ès immunologie, il est administrateur de France Nature Environnement (FNE), fondateur et président du GIET, et président d’Inf’OGM, trois officines de notre riche paysage de l’écologie anti-OGM.
Nous avons déjà rendu visite à FNE dans ce blog. Quant à GIET et Inf’OGM, elles ont en commun, outre Jacquemart, une absolue neutralité. On est par exemple rassuré d’apprendre que “Le GIET n’a pas de doctrine et ne cherche pas à en avoir. Les écrits et propos de ses membres n’engagent qu’eux-mêmes, individuellement, et encore.” (rubrique “Qui sommes-nous ?). Ce “et encore” suggère une grande et attrayante liberté d’expression, jusqu’au point de ne même plus être responsable de ses propres écrits et propos. Inf’OGM est là pour nous informer sur les OGM, cela se devine à sa dénomination. “Face à la nouveauté que représente la transgenèse [depuis 1973 tout de même, ou depuis 1983 pour les PGM – note de Paul-Émic Victor], Inf’OGM s’est toujours efforcée de ne pas prendre position dans le débat autour des dangers et avantages des plantes génétiquement modifiées (PGM), considérant que les citoyens avaient besoin avant toute chose d’une information la moins orientée possible pour se construire leur propre opinion.” (rubrique “Le positionnement d’Inf’OGM dans le débat”). Rassuré ?

Un cumulard, n’est-ce pas ?
Doublé d’un boulimique. En 2009, il a été élu vice-président du Comité Économique, Éthique et Social (CEES) du Haut Conseil des Biotechnologies (HCB). Merci Sarko. Ce HCB dispose aussi d’un comité scientifique. Ces deux comités ne tirant pas souvent les mêmes conclusions, ses avis en sont brouillés notamment depuis 2009. La majorité revient généralement aux anti-OGM. Beaucoup de membres du comité scientifique ont démissionné.
Imaginez qu’on ait nommé un représentant des grands semenciers à ce poste de vice-président du CEES. Que n’aurait-on entendu ! Mais là, un partisan de la décroissance globale, pas de problème.

Voir l’analyse de Gil Rivière-Wekstein (rédacteur en chef de la lettre “Agriculture et environnement”), à ce propos et à propos des prises de position de Manuel Valls. Écouter aussi le débat en ligne entre Gil Rivière-Wekstein, Marc Fellous (chercheur à l’hôpital Cochin) et Frédéric Jacquemart.

 

La nature de la biologie

Gilles-Eric Seralini est professeur de biologie (à Caen, lui aussi).

Sa biographie indique qu’il a été membre, de 1998 à 2007, de la Commission du génie biomoléculaire chargée d’autoriser les OGM, au sein du ministère de l’Agriculture et du ministère de l’Environnement. Il a été nommé chevalier de l’ordre national du Mérite en 2008, sur proposition du ministère de l’Écologie, pour l’ensemble de sa carrière en biologie.
Belle promotion, belle confiance pour un pseudo-scientifique connu des milieux scientifiques pour ses conclusions répétitivement pré-déterminées par son idéologie. Avant d’être retirée par le journal scientifique qui l’avait publiée, sa dernière publication non-concluante en 2012 lui a valu un beau succès, grâce à une remarquable coordination dans l’opération de communication (voir page 26).
M. Seralini dénonce les lobbys industriels puissants qui soutiennent l’utilisation des OGMs. On apprend cependant que ses travaux bidons ont été soutenus par les micro-entreprises Auchan et Carrefour, qui ont lancé  des campagnes publicitaires sur le thème “pas d’OGM dans nos magasins”.

Les positions anti-OGM en Europe ont des effets négatifs sur l’Europe, mais aussi et surtout sur les pays en voie de développement.
Alors que la population en Europe baisse de 0,1% par an, elle augmente dans ces pays. Pour éviter de se faire écharper, les idéologues anti-OGM évitent de se montrer dans les colloques sur l’agriculture etc. en Afrique, Amérique centrale et latine, Asie.
Les fantasmes de Seralini et du CRIIGEN ont tout de même entraîné un bannissement de l’import des OGMs au Kenya, qui en dépend pour l’efficacité de son agriculture et aussi pour développer de nouveaux vaccins pour son bétail, par exemple contre la péripneumonie contagieuse bovine.

Conclusion :
C’est grave pour des millions de gens en situation de fragilité, tout cela pour que quelques idéologues malhonnêtes plastronnent dans les salons des pays riches qui leur garantissent la stabilité de l’emploi.
Ne pourrait-on pas employer le salaire du Prof. Seralini pour embaucher deux chercheurs juniors qui feraient du travail scientifique honnête, ou pour aider les africains à protéger leur bétail ?

 

La nature de l’informatique

Hervé Le Crosnier est un enseignant-chercheur en informatique de Caen qui se mêle beaucoup de biologie.
Son discours en résumé : “L’informatique ne présente pas de danger, au contraire du génie génétique et de la biologie synthétique”.

Reconnaissons d’abord que du danger peut effectivement provenir d’agents biologiques, en particulier de ce que M. Le Crosnier nomme avec des trémolos dans la voix “la nature” : maladies infectieuses, plantes et champignons toxiques, animaux féroces, humains stupides etc.

Cependant personne n’a encore été blessé ou tué par un OGM depuis plus de 40 ans qu’il s’en construit. Personne.
Et beaucoup ont été sauvés par les OGMs. Citons pelle-mêle à titre d’illustration quelques maladies soignées ou diagnostiquées par des OGMs ou leurs produits : diabète, sida, hémophilie, malaria, hépatite, nanisme, cancer du sein.

En revanche il serait difficile de prétendre que l’informatique chère à M. Le Crosnier soit aussi innocente qu’il le prétend. Citons sans chercher bien loin :
la cyber criminalité : En Europe, son coût avait en 2011 atteint 750 milliards d’euros par an. Les banques US ont perdu en 2011 0,7 milliards d’euros par le fait de voleurs traditionnels, et 9,2 milliards d’euros à cause des cyber criminels.
les transactions haute-fréquence, algorithme contre algorithme, qui ruinent irrationnellement des gens.

Les bilans respectifs étant établis pour l’heure, nous pourrions penser que l’affaire est claire. Sauf évidemment pour les tenants de la juste cause.
Secondairement existent peut-être des questions de compétence :

par “Murmure” (18 juin 2010)
M. Hervé Le Crosnier : “Mais l’insuline… n’est pas obtenus par la biologie synthétique, mais par des manipulations génétiques en milieu confiné.”
Pour enrichir vos connaissances :
LA BIOLOGIE SYNTHETIQUE Qu’est-ce que c’est ? Par l’École Polytechnique de Lausanne
et l’insuline y figure en bonne place.

Enfin arrive l’explication ultime. Il ne s’agit de rien de moins que du péché originel :

Car vendre est bien l’objectif de ces recherches en biologie synthétique. Venter a déposé en mai 2007 un brevet […] Nous sommes loin de la recherche visant à « comprendre la nature » et à expliquer les phénomènes biologiques… mais bien dans la course aux applications, susceptibles de faire frétiller les investisseurs du capital-risque.

Conclusion :
Comment M. Le Crosnier saurait-il prétendre au titre de chercheur scientifique s’il glose dans ses domaines d’incompétence et se montre incapable de raisonner rigoureusement à partir de sources validées ?
Ne pourrait-on pas employer son salaire pour embaucher deux chercheurs juniors qui feraient du travail scientifique honnête ?
Non, on me signale à l’instant que l’industrie nationale affaiblie par ses puissants et géniaux coups de boutoir ne permet plus par son imposition à l’Etat de payer son salaire.

 

La France fait des économies mais pas de promesse

Certains prétendent que des décisions ont déjà été prises de subventionner la biologie synthétique, avant toute mise en débat public. Du coup tout débat serait bidon.

Nous les chercheurs, on aimerait bien les voir, ces subventions !

D’autres vont encore plus loin en nous expliquant doctement qu’en fait la biologie synthétique représente un replâtrage de la biotechnologie afin d’augmenter son financement. On glose ainsi ad nauseam sur une économie de la promesse technoscientifique qui se retournera contre le domaine lorsque la bulle des promesses crèvera. On est miro ou quoi ? C’est peut-être vrai au Royaume-Uni, peut-être aux États-Unis, mais on n’a rien vu venir en France, on vous dit.

Conclusion :

La France fait des économies mais pas de promesse. Économies qui lui coûteront cher à terme.