Comment fustiger le travail des biologistes synthéticiens en usant de leurs subventions et de leur temps

La malaria touchait en 2010 plus de 200 millions de personnes, et était responsable de plus de 650.000 décès annuels. Selon l’OMS, il n’existe qu’un seul traitement véritablement efficace : la combinaison thérapeutique à base d’artémisinine. L’artémisinine est produite par une plante, l’Armoise annuelle. La qualité, la quantité et le coût de l’artémisinine de plante fluctuent beaucoup (choix des agriculteurs de cultiver telle année cette plante ou une autre, décisions d’un cartel commercial, évènements météorologiques). La synthèse de l’artémisinine par la levure de bière, en y déplaçant les gènes nécessaires depuis l’Armoise, a été réalisée par l’équipe de Jay Keasling aux USA. Après treize ans d’efforts scientifiques et technologiques considérables, elle a abouti en 2013 à la production dans les fermenteurs de la compagnie pharmaceutique Sanofi d’environ 60 tonnes annuelles d’artémisinine synthétique aux caractéristiques stables. Ce produit est désormais commercialisé à prix coûtant, qui correspond au bas de la fourchette de prix du composé identique venant de la plante. Ceci va contribuer à stabiliser les prix trop fluctuants du marché en les tirant vers le bas de la fourchette. 60 tonnes permettent de traiter 60 millions de patients environ.

Dr. Claire Marris est chercheuse en sciences sociales à Kings College, à Londres (Royaume-Uni). Elle a étudié plusieurs années les aspects sociétaux de la biologie synthétique (BS). Ses travaux sont subventionnés par les mêmes fonds publics qui financent les recherches en BS. Ils s’appuient sur des discussions avec ces biologistes de la BS qui lui consacrent beaucoup de leur temps à titre gracieux. Dans un article récent, elle nous livre ses dernières réflexions.

En résumé :
1) La production d’artémisinine par la levure a souvent été claironnée comme une des réussites phares de la BS. Pour attaquer cette dernière, Mme Marris démonte donc le cas artémisinine, comme suit.
2) La prétention de sauver des milliers de vie de patients est simpliste et exagérée.
3) L’exagération de ces prétentions va ternir la réputation de la BS.
4) Au début du projet il y a 13 ans, les biologistes ont sous-estimé le prix de revient du procédé industriel final [qui restait entièrement à mettre sur pied à l’époque, note de PEV].
5) Les agriculteurs cultivant l’Armoise vont perdre leur travail si l’artémisine est produite par la levure dans des fermenteurs.

Pourtant :
1) Il existe d’autres success stories de la BS, parfois plus anciennes, que l’artémisinine (voir par exemple “Diagnostic” ou “Biomatériaux” ici).
2) Le cas de l’artémisinine est une success story avérée au plan scientifique et technologique. Nous saurons très bientôt si c’est aussi un succès pratique en santé humaine et pour l’industrie.
3) Traditionnellement, les agriculteurs changent de cultures d’une année à l’autre en fonction de leurs intérêts. C’est d’ailleurs une des raisons des fluctuations de prix de l’artémisinine les années passées. Il est généralement plus rentable pour eux, à l’hectare, de cultiver riz, pomme de terre, cacahuète, blé, plutôt que l’Armoise. Ils ont donc toute flexibilité de choisir leurs cultures selon leurs intérêts. Peut-on en même temps reprocher le prix de revient proche de celui de plante, et reprocher la mise au chômage des cultivateurs de ces plantes ? En effet, si le prix est comparable, et que la quantité globale produite (BS plus Armoise) est encore insuffisante, en quoi les cultivateurs sont-ils menacés ? Peut-être le cartel qui rendait le prix de l’artémisinine inaccessible aux malades pauvres va-t-il perdre un peu de son pouvoir ?

4) Ces agriculteurs sont souvent malades dans les zones endémiques. Les crises les clouent au lit, les empêchant d’aller cultiver leur champ. Ne seraient-ils pas parmi les premiers bénéficiaires d’un médicament fiable et bon marché ?
5) Est-ce que toute l’histoire technologique de l’humanité n’est pas de déplacer progressivement une technologie par une autre présentant plus d’avantages pour la même production ? Notre affaire ne serait alors qu’un minuscule et inévitable épisode de plus.

Les millions de personnes souffrant de la malaria qui bénéficieraient de ce traitement de qualité et quantité plus constante à plus bas prix, remercient Dr. Claire Marris de son échafaudage intellectualisant qui vise à culpabiliser les biologistes qui ont travaillé durant 13 années pour ce résultat. Fustigeons, fustigeons ! Il en restera toujours quelque chose, c’est pour une juste cause.

Conclusion :
Continuons avec les succès de l’artémisinine synthétique. Ce sera un excellent médicament anti-parasite de la biologie synthétique.

 

En France on n’aura pas de substitut de pétrole, mais on a des idées

En France on n’aura pas de substitut de pétrole, mais on a des idées (de discussions) !

En effet l’un des objectifs principaux de la biologie synthétique est de faire une chimie (du médicament, des compléments alimentaires, des plastiques) à partir de carbone renouvelable (résidus domestiques,  agricoles, forestiers), plutôt que de carbone fossile (charbon, pétrole, gaz).

En France on observe (Observatoire de la biologie de synthèse), on discute (Forum), et on ne fait pas, au contraire du Leadership Council au Royaume-Uni qui observe, discute, et agit. Le Leadership Council est une sorte de haut conseil pour favoriser les développements de la biologie synthétique utiles à la société. Il prend sérieusement pour objectif les emplois de nos enfants et petits-enfants (enfin, des petits anglais plutôt). Il est co-présidé en personne par le Ministre des Universités et de la Science, ce qui garantit un bon couplage entre idées et réalisations.

Conséquence :
La France et le Royaume-Uni étaient au même niveau pour la biologie synthétique jusqu’en 2011. La biologie synthétique ouvrira sur une des deux manufactures principales du futur. Elle demande en cette phase d’émergence des financements publics significatifs. Or depuis 2011 le différentiel France / Royaume-Uni en appels d’offre publics labellisés pour la recherche en biologie synthétique est de 3 pour 170 M€ (sources ANR, BBSRC, EPSERC). Vous avez bien lu : 170/3, l’exception française prépare son entrée dans le tiers-monde.

Fichez moi le Kempf !

Hervé Kempf a publié le 26 mai 2013 dans le quotidien ‘Le Monde’ une tribune intitulée « Sages chimpanzés ». Il s’y réfère au blocage du débat du CNAM sur la biologie synthétique par PMO. Sa seule source d’information provient de PMO, dont il endosse le point de vue. Voir posts précédents.
Belle conception du métier de journaliste en vérité. Mode d’emploi en 3 points :
1- Prendre pour source unique le militant ; par définition, un militant est au-dessus de tout soupçon de mauvaise foi (un idéaliste, pensez donc, quand on défend une juste cause).
2- Éviter de se contaminer à une source impure telle que celle du parti opposé, trop factuelle, trop peu polémique.
3- Éviter de consulter une source bien informée ; comme par exemple sa consoeur ‘Dianne’ de Mediapart qui elle, était présente sur les lieux et a publié immédiatement un rapport circonstancié.

Comme PMO, ce Kempf est un pur !

Il a quitté Le Monde — mais pas la planète — peu après cette sur-performance journalistique. Regrets éternels.
http://www.reporterre.net/spip.php?article4586
http://www.ozap.com/actu/-le-monde-repond-vivement-a-herve-kempf/448994