Ah, les plaisirs de la contre-expertise citoyenne ! Bis

C’est quoi la contre-expertise citoyenne ?

Passons sur les évidences, par exemple qu’il arrive qu’un chercheur ou un industriel se trouve aussi être un citoyen. Ces gens sont suspects a priori, on ne comprend pas qu’ils aient encore le droit de vote.

Venons-en à l’expertise. Sur un sujet donné, en gros, on peut être expert ou non.

– Un contre-expert est-il un expert ?
En ce cas nous avons un débat entre deux experts. Ce débat est contradictoire si ces deux experts ont des vues divergentes motivées par une appréciation différente des faits ou de leurs conséquences. Ce débat est non-contradictoire s’ils ont la même vue ; en ce cas l’intérêt du débat semble plus limité.

– Ou bien un contre-expert est-il un non-expert ?
En ce cas nous avons un débat entre un expert et un ignare (pour ce sujet). Ce débat peut soulever des points intéressants si l’ignare a la modestie de se borner à poser des questions à l’expert. Mais ce n’est pas ce que nous voyons dans les débats français. Notamment à la télé et à la radio, combien de fois n’avons nous pas vu l’ignare accaparer la parole avec l’assentiment plus ou moins manifeste de l’organisateur du débat ? Des recettes éprouvées existent pour faire de l’audience, par exemple jouer sur la peur provoquée par l’ignorance est plus rentable que d’informer les spectateurs. C’est connu, les experts sont chiants (sauf ceux qui s’ébouriffent les cheveux avant d’entrer en scène pour approcher le cliché du chercheur illuminé). C’est pour cela qu’on ne les invite pas ou qu’on leur coupe la parole.

Au Royaume-Uni, la BBC a récemment accordé sur un sujet en débat : 4 minutes de parole à un expert, et autant à un non-expert. Cela a mené à de vigoureuses protestations : (en substance) « laissez plus de temps à l’expert SVP puisqu’il sait de quoi il parle ». Et une réaction opposée : “c’est ce que fait la BBC en général, alors fichez-leur la paix pour une exception.”
En France, on croit rêver en lisant cela.

Conclusion : Ils sont fous ces anglais !

Ah, les plaisirs de la contre-expertise citoyenne !

Fondation Sciences Citoyennes (FSC) a organisé mi-octobre 2013 une conférence-débat portant en partie sur la biologie synthétique.

Ce débat mettait en piste :
– le directeur de l’ONG canadienne ETC group qui a rédigé en 2012 le moratoire pour l’arrêt immédiat de la biologie synthétique ;
– une militante écologiste et altermondialiste de Attac-France ;
– la présidente de FSC.

Ça a du castagner dur dites-moi donc ! J’espère qu’il n’y a pas eu de blessé.

Ces 3 organisations sont aussi organisatrices de la conférence. Tant qu’à faire, autant s’inviter soi-même, au moins on sait où on va.

N.B. : lu dans la charte de FSC :  » le pluralisme et la controverse sont la source non seulement d’une meilleure exploration des mondes possible et, partant, de meilleures décisions, mais aussi d’une appropriation active des connaissances scientifiques par le public. »

Conclusion :
Cette conférence-débat organisée par FSC ne respecte pas la charte de FSC. C’est pas grave, tant qu’on défend une juste cause.

Une nouvelle voie de recherche prometteuse

Je suis passé hier chez ma concierge lui rendre la clé du local à vélos. Elle regardait à la télé les images du terrible cyclone. Machinalement, elle a versé dans son bol des céréales ‘bio garanties sans ADN’.

Je l’ai ensuite entendu déclarer : « Y nous détraquent le temps, avec leurs OGM. »
Cette déclaration, aussi anodine semble-t-elle, ouvre en fait de nouvelles et profondes voies à la recherche interdisciplinaire.

La peste soit du biologiste de synthèse !

Ah, je vous l’avais bien dit. La peste resurgit.

Comme par hasard en même temps que la biologie synthétique.

.
Ma concierge, qui suit de près mon blog (elle est bien la seule), a eu la finesse de remarquer cette coïncidence :
« Alors faut arrêter de se moquer avec la peste du 14eme siècle. Si ça se trouve, y avait une civilisation avancée au 14eme siècle, qu’on l’a même pas su, y faisaient de la biologie truc là comment vous dites, et pof ! la peste. »